mardi 16 janvier 2007

FABRICA: une usine à rêves et à images

Fondée en 1994 par Luciano Benetton et Oliviero Toscani, Fabrica est un lieu unique en son genre. Mais qu’est-ce que « Fabrica » ? Comme son nom ne l’indique pas, il s’agit ni d’une école académique, ni d’une agence publicitaire, ni d’une usine d’où sortirait des pulls « united colors ».


















Financée par Benetton, Fabrica est un laboratoire de recherche en communication et en créativité allant du graphisme au cinéma en passant par la photographie, le design, la musique, l’édition ou l’interactivité par les nouveaux médias. L’objectif est de défricher les voies d’une nouvelle communication faisant de Fabrica l’école d’art la plus célèbre, la plus moderne et la plus transgressive au monde.


Centre international et multiculturel, l’école ouvre ses portes chaque année à une cinquantaine de jeunes talents venus des quatre coins du mondes ; ils sont âgés de moins de 25 ans et sont retenus sur dossier et projet parmi plus de 700 candidatures annuelles. Nourrissant un vivier de futurs collaborateurs, Benetton leur propose de participer à une expérience créative pendant douze mois, tous frais payés.


Graphistes, écrivains, cinéastes, vidéastes, designers, musiciens ou photographes viennent de part le monde chercher une rampe de lancement à leur créativité.


Dès leur arrivée, on demande aux nouveaux étudiants stagiaires de se présenter en deux minutes sous la forme d’un film autoportrait qu’ils doivent concevoir puis produire. Super Paradise a ouvert les archives aussi riches que diverses de la boite à idées Fabrica et vous dévoile une collection choc et provoc de vidéos créatives, décalées et expérimentales.

mercredi 26 juillet 2006

Annlee forever and ever























Super Paradise vous présente le destin unique d’un être virtuel : Annlee. Ce personnage fut à l’origine créé par K Works, une célèbre agence japonaise de dessinateurs spécialisée dans la création de mangas. Les créateurs donnent forme à une jeune fille aux cheveux bleus et aux grands yeux vides d’une profonde mélancolie. Jugée trop fade pour incarner une histoire, ce personnage est alors destiné à une mort certaine après une apparition furtive et discrète dans l’une des foisonnantes productions du marché des mangas.

Philippe Parreno et Pierre Huygue, deux artistes français reconnus de part le monde, entendent parler de ces agences de création de mangas à la chaîne qui bradent leurs personnages. Ils découvrent parmi le catalogue d’êtres virtuels l’objet de leur recherche : un personnage sans identité, sans biographie et au graphisme modeste. En 1999, ils en achètent le copyright pour seulement 2800 Francs. Annlee, la moribonde, reprend alors vie.

Annlee passe de la 2D à la 3D et le projet « No ghost just a shell » est né. Ce titre signifie quelque chose comme « pas d’esprit, juste une enveloppe ». Il est inspiré de « Ghost in the Shell », l’un des chefs d’œuvre de l’animation japonaise de Mamoru Oshii en 1996. En libérant le personnage du marché de la fiction, le manga devient une coquille vide.



















Les deux artistes français souhaitent raconter cette histoire à travers deux films d’animations. Pour Philippe Parreno, la démarche est de prêter à Annlee un texte en anglais, une dénonciation, un plaidoyer et faire en sorte qu’Annlee puisse vivre différentes histoires. Le premier film fondateur d'une longue collection est "Anywhere out of the world" réalisé en 2000 par Philippe Parreno.

Annlee a dès lors acquis son statut de survivante rescapée, qui va nourrir sa propre histoire et sa psychologie. Pierre Huyghe réalise la même année, en 2000, « Two minutes out of time ». Annlee apparaît en pleine conscience d’elle-même en se décrivant à la troisième personne, toujours en anglais. « Personne ne pouvait imaginer qu’un jour elle parlerait », déclare t-elle !

Après quatre minutes de film, Pierre Huyghe donne enfin à Annlee une vraie histoire. A la recherche de son fantôme, Pierre Huyghe a présenté une photo d’Annlee à des enfants âgés de neuf ans réunis dans une cour d’école américaine à Paris et leur demanda : « d’après-vous, qu’est-il arrivé à ce personnage ? ». Une jeune fille lui dépeint alors ses impressions.

Pierre Huyghe enregistre les réactions de la jeune fille qui prêtera sa voix à Annlee. « Je l’ai regardé, Je ne pouvais pas penser, je ne pouvais pas respirer, j’étais coincée… J’ai vu une étrange lumière… » !

Annlee parle et dispose maintenant d’un passé et d’une identité. Les deux films constituent le prélude à une vraie histoire. Les deux artistes invitent alors d’autres artistes à travers le monde à se saisir de ce personnage et à continuer le projet de créer une vie, un caractère et une histoire qui prolonge l’existence d’Annlee. L’œuvre individuelle devient un projet collectif. L’image d’Annlee est reproduite des dizaines de fois. A chaque fois les artistes réinventent Annlee, lui font vivre une nouvelle aventure et font de ce corps vide une œuvre d’art. En travaillant avec un personnage qu'ils n'ont pas inventé puis en le faisant circuler, Pierre Huyghe et Philippe Parreno remettent en question les principes rigides du droit de la propriété intellectuelle qui figent l’œuvre. La reproduction est ici non interdite. L’œuvre s’affranchit du copyright et donne lieu à des déclinaisons infinies.

Annlee, ce personnage virtuel presque mort né est devenu grâce à l’intervention d’artistes une œuvre d’art, un produit culturel et un symbole de notre époque. Annlee est apparue dans divers endroits du monde, à des instants différents, sous différentes formes : films d’animation, vidéo, peinture, objets, installations, livres. Toutes ces œuvres sont maintenant réunies au sein des collections permanentes du Van Abbemuseum aux Pays-Bas.

Super Paradise est la prémière émission consacrée spécialement à Annlee. Les films de Pierre Huyghe, Philippe Parreno, Liam Gillick, Pierre Joseph et François Curlet ont été présentés au cours du programme.
Longue vie à Annlee !






















Je vous recommande ce livre qui m'a aidé à préparer l'émission.